Mercredi 6 juin 2007
3
06
/06
/Juin
/2007
09:12
Laissons s’éteindre les nappes de synthé et se perdre l’art précieux de la décoloration capillaire à l’eau oxygénée : bye bye les eighties ! Le mur de Berlin tombe et les jeunes loups de la pop romantique et synthétique deviennent à leur tour des dinosaures. Quel sort vont bien leur réserver des successeurs gavés dès l’adolescence de Never let me down again (Depeche mode), Tainted love (Soft cell) ou Just like heaven (The Cure) ? Mais la plus grande révérence voyons ! Et les trois titres qu’on vient de citer d’être repris par les Smashing Pumpkins, Marylin Manson et Dinosaur Junior.
Les nineties ou le retour de vague de la new wave
Eh oui, les futurs papes du gros rock à guitares sont infiniment plus respectueux de leurs glorieux aînés que les méchants punks. La reprise est tendance. Plus précisément encore la reprise 80’s est infiniment tendance à partir du milieu des années 90. On pourrait multiplier les exemples : la reprise de Credit in the straight world (Young marble giants) qui figure sur le second album de Hole (Live through this), celles de I feel you (Depeche mode), Bigmouth strikes again (Smiths), Running up that hill (Kate Bush) par les joyeux lurons de Placebo ou encore le Isolation (Joy Division) des bûcherons irlandais de Therapy. Sans oublier l’épique Aventurier des américains francophones de Nada surf.
Deux remarques au passage. D’abord, pourquoi tant de reprises new wave ? Cette abondance n’est peut-être que le reflet de l’extrême qualité de cette période musicale. Beaucoup de reprises car beaucoup de bonnes chansons à reprendre tout simplement. Là où un bon petit punk de 1976 n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent, Billy Corgan ne sait plus où donner de la tête. Deuxième réflexion : ce sont surtout des Américains qui vénèrent les grands noms de la new wave. Et accessoirement des Américains plutôt énervés qu’on ne soupçonnerait pas a priori de sympathie pour les synthétiseurs. Par exemple, la reprise de She’s lost control par Girls against boys est assez improbable, presque autant que celle de One (U2) par Johnny Cash. Et pendant ce temps-là sur les terres de la perfide Albion ? Silence radio ou presque ! Arrêtons-nous sur les formations britanniques majeures des années 90 : Oasis, Radiohead, Blur. Oasis reprend sur scène des standards des… Beatles (I’m the walrus, Strawberry fields forever, etc), Radiohead ne fait pas de reprises (à part des broutilles négligeables comme Rhinestone Cowboy ou le After the gold rush de Neil Young par le seul Thom Yorke). Quant à Blur… je connais trop mal le groupe pour en parler. Mais je ne leur connais pas de reprises marquantes. Bref, nos amis grands bretons laissent à leurs cousins d’outre-Atlantique le soin de rendre hommage aux groupes qui ont fait l’âge d’or de la pop anglaise des années 80… Nul n’est jamais prophète en son pays dit-on !
Le temps des juke-box humains
Je préviens tout de suite les remarques, récriminations et autres corrections : ce que j’écris là n’a pas vocation à être absolument général… simplement parce que je ne connais qu’une petite parcelle des reprises qui ont pu être enregistrées ces cinquante dernières années ! Et puis il n’est pas besoin de chercher bien loin un Américain qui se tape complètement du son anglais des années 80 : Ben Harper avec ses excellentes versions de Sexual Healing (Marvin Gaye) ou Whole lotta love (Led Zeppelin). Le joueur de Weissenborn (la guitare applatie qu’il tient sur ses genoux) est d’ailleurs un bon exemple des juke-box humains qui fleurissent aux Etats-Unis dans les années 90.
Parmi eux, deux grandes légendes du rock : Nirvana et Jeff Buckley, particulièrement prolixes en reprises sur scène comme sur disque. Grace, le premier (et seul véritable) album de Buckley contient trois reprises, dont l’immense Hallelujah, infiniment supérieure dans son minimalisme à l’original de Leonard Cohen. En concert, Jeff Buckley enchaînait les reprises : The way young lovers do (Van Morrison), I know it’s over (Smiths), Kangaroo (Alex Chilton), Je n’en connais pas la fin, Hymne à l’amour (Edith Piaf), etc. Quant à Kurt Cobain, sa carrière s’est ouverte sur une reprise (Love Buzz de Shocking blue) pour se refermer sur une autre (Where did you sleep last night de Leadbelly), avec dans l’intervalle une foultitude de réinterprétations qu’on trouve sur des faces-B, des compilations ou des enregistrements live, souvent assez originales et couvrant un éventail allant de Kiss (Do you love me ?) et Led Zeppelin (Immigrant song) à l’obscur groupe écossais The Vaselines dont le leader de Nirvana était fou (Jesus doesn’t want me for a sunbeam, Molly’s lips, Son of a gun). Pourquoi tant de reprises ? Sans doute parce que Cobain comme Buckley ont longtemps traîné leurs guêtres sur scène avant de se faire un nom. Plus de concerts = plus de reprises, c’est mathématique. Sans oublier, pour l’un comme pour l’autre, une passion encyclopédique pour l’histoire du rock, de ses grands noms comme de ses losers magnifiques.
[à suivre...]
5 reprises "étonnantes"
- Kylie Minogue – Can’t get Blue monday out of my head (New Order)
- Cake – I will survive (Gloria Gaynor)
- Travis - Baby, one more time (Britney Spears)
- Nouvelle Vague – Too drunk to fuck (Dead Kennedys)
- Saint-Etienne – He’s on the phone [Week-end à Rome] (Etienne Daho)