Imaginez un monde où il n’y ait ni montagne, ni fleuve, ni villes, ni citadelles, ni port, ni routes, ni empires, ni Etats. Un monde sans chair, sans soleil et sans vent, un monde aride comme le papier. Une immense bibliothèque dont les couloirs, les étagères et les salles de lecture débordent de milliards de livres. Extérieurement tous les volumes sont identiques (410 pages, chacune comportant 40 lignes de 80 signes), mais chacun propose une combinaison aléatoire de 22 lettres de l’alphabet latin et des symboles point, virgule et espace. Soit : ABCDEFGHIJLMNOPQRSTVXY . ,
Aucun écrivain, aucun esprit ne se cache derrière ces textes, rien que le hasard. Certains de ces livres, la plupart, n’ont aucun sens : simple juxtaposition de caractères sans rime ni raison. A moins que cette signification ne se révèle dans une langue inconnue ou encore à inventer.
Dans cet univers-bibliothèque, les curieux peuvent compulser l’intégralité des livres qui ont été écrits et tous ceux qui le seront un jour. Des insensés espèrent trouver le volume qui leur racontera leur propre vie ou peut-être l’histoire de la Bibliothèque. D’autres, désespérés et fanatiques, s’emploient à la brûler pour faire disparaître le scandale de papier.
Voici le fascinant point de départ - et d’arrivée - du court récit de Borges intitulé La bibliothèque de Babel.
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[Fictions - 1944]
Par MatthieuL
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En 1917, l’horreur de la Grande Guerre atteint son apogée. Les gaz et la boue engloutissent les dernières parcelles d’humanité qui vacillent encore sur le front. Malmenée par les Alliés dans les Alpes et les Balkans, en proie à de graves pénuries matérielles et aux forces centrifuges des nationalismes slaves, l’Autriche-Hongrie vit ses dernières heures. Cette fin de siècle tardive, ce crépuscule d’un Empire, Kafka les dépeint avec lucidité et stupeur dans le très court texte (à peine quatre pages !) intitulé Un document d’autrefois.
Aucun réalisme, aucune situation historique dans le récit de Kafka qui n’a que faire de ce genre de considérations scientifiques. Un cordonnier raconte l’occupation par des "nomades venus du Nord" de la grande place qui fait face au palais impérial. Les barbares, et même leurs chevaux, ne mangent que de la viande crue et ne comprennent, ni ne parlent aucune langue connue. Ils sont cette part d’autre, d’inconnu, cet étrange ingrédient enfoui au plus profond de l’histoire européenne et que la Première Guerre mondiale a extirpé de notre mémoire refoulée "d’hommes civilisés". Ils sont la part obscure du XXe siècle que Kafka ne connaîtra jamais, mais qu’il n’a de cesse de décrire page après page.
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[Un document d’autrefois – 1917]
Par MatthieuL
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Philip K. Dick est à la mode. La moindre de ses nouvelles est aujourd’hui facilement trouvable en français et en format poche. De Blade Runner à Minority Report, en passant par Total Recall, son oeuvre n’en finit plus d’être adaptée au cinéma ou d’inspirer de manière détournée les cinéastes "de genre". Un film comme Dark City par exemple lui doit beaucoup.
Mais le texte le plus fascinant du maître américain s’inscrit, sans mauvais jeu de mot, à des années lumière de la science-fiction. Il s’agit de ce que les anglo-saxons appellent un "what if ?" Que se serait-il passé si… les Allemands et les Japonais avaient gagné la Seconde Guerre mondiale ?
Dick décrit un monde coupé en deux, sur le point de sombrer dans une nouvelle guerre, où les Etats-Unis sont occupés conjointement par les deux alliés fascistes. Et ce point de départ intéressant devient profondément génial lorsque Dick introduit le personnage du maître du haut château, un écrivain dont les livres racontent… un "what if ?" dans lequel ce sont les Alliés qui ont remporté la Seconde Guerre mondiale. Exactement comme dans notre propre réalité. Parce qu’il serait criminel d’en dévoiler davantage, je m’en tiendrai là, tout en vous avertissant qu’une drôle de surprise vous attend à la dernière page de ce roman.
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[Le maître du haut château – 1963]
Par MatthieuL
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